A l’origine de cette publication je voulais m’immiscer dans une nouvelle expérience avec le registre des nouvelles. Elogieux de lectures bouleversantes avec Buzzati, Matheson ou Fitzgerald, j’ai pourtant subis un léger couac au début de l’année 2011 avec American Express (1988), de James Salter. Je n’y avais pas décelé un fil rouge assez puissant, je n’avais pas trouvé de fluidité dans cette approche du « passage », quand le lecteur se retrouve au beau milieu d’un bref moment de vie dont il ne maîtrise presque rien. Sans pour autant tout jeter, je devais me lancer dans une nouvelle aventure. En apprenant l’identité de la prochaine écrivain à venir en résidence de Septembre à Décembre dans la ville de Vincennes sous l’impulsion du festival America, j’ai mis à profit un vieil adage en mêlant l’utile à l’agréable et me saisis rapidement des exemplaires anglais (Faber, 2002) et français (Buchet Chastel, 2006) de Dead Girls, l’unique publication de Nancy Lee, à ce jour.

Née en 1971 au Royaume-Uni (à Cardiff pour être précis) de parents Chinois et Indiens, Nancy Lee a 7 ans quand elle immigre au Canada avec sa mère. Plongée dans un conflit de langues elle se retrouve avec deux cultures mais une seule dynamique : celle de Vancouver où elle vit aujourd’hui. A l’UBC (University of British Columbia) elle obtiendra un diplôme en creative writing, domaine que notre cher pays ne (re)connait pas. En 2002 elle sort donc Dead Girls où elle nous emmène à travers huit nouvelles ancrées dans un Vancouver sombre qui vit avec un spectre, celui d’un horrible fait divers. Inspiré du réel carnage à long terme que perpétra Robert Pickton entre 1983 et 2002, chaque histoire est reliée par la tragédie. Dès la première nouvelle, Associated Press, on se plonge dans un quotidien banal dont les personnages essaient d’échapper en avançant dans leur vie personnelle, souvent bancale et avec des lendemains ombrageux, entre avortement et rupture. « Une chose terrible s’est produite ici. J’ai été convoquée comme jurée – un homme accusé d’avoir tué des prostituées avant de les enterrer dans son jardin« . La thématique qui ne se cache pas planera sur chacune des histoires, d’une manière ou d’une autre : hommages à la télévision et discussions, entre « on dit » et rumeurs les protagonistes ne veulent pas s’étaler sur une affaire aussi sordide, pourtant c’est un arrière plan imposé. Saint-Valentin qui côtoie une ambiance que l’on pourrait retrouver chez Gus Van Sant ou Larry Clarck à défaut de ce dernier acte qui bascule vers le tableau noir. Où est le répit, la rédemption ? Pas dans l’amour aveugle de Rollie et Adèle ni le road trip sombre de A l’est. Qu’importe, Nancy Lee assume ses histoires obscures. La nouvelle éponyme attaque directement par la référence à la sordide affaire dans un premier paragraphe prenant et percutant. Les séparations, autant physiques que sociales se percutent dans un champ lexical peu rassurant : meurtre, clinique, prison, pessimisme, tout y est… instable. Excepté le style narratif de Nancy Lee, brutal mais juste. Comme dans Sally morcelée, un très beau texte qui dissèque une mannequin des mains : respiration, mains, seins, dents, vagin, oreilles, lèvres, pieds, os. Elle est vivante, mais chahutée. Remise en question de soi, encore une fois, le personnage principal est impuissant face à l’événement : « ça doit être pire que mourir, de perdre un enfant« .
Contraste saisissant entre cette fresque canadienne finalement assez blême et peut être immorale, et la bonne humeur de Nancy conjuguée aux derniers jours d’été qui s’échappent de notre région parisienne. L’auteure canadienne débarque donc à Vincennes début Septembre avec son mari John et leur chienne Jaine, courageuse quadrupède dont l’âge avancé (16 ans !) impose le respect. L’occasion de faire plus ample connaissance.

Premier entretien : café Marigny (Vincennes) le 23 Septembre 2011 – 1ère partie
Est-ce que l’idée principale qui plane sur les nouvelles, ce tueur en série qui enterre des filles dans un jardin, provient d’un fait divers ?
Oui, l’idée du « serial killer » vient de là : à Vancouver, des femmes ont commencé à disparaitre sur plusieurs mois autour des années 80. Chaque année des femmes disparaissaient mais la police ne semblait pas plus que cela concernée ni préoccupée par le sujet car elles étaient des femmes de la rue, prostitués ou junkies. Dans un sens la police n’y a pas cru, n’a pas regardé. Les gens de la partie est de la ville pensaient qu’il y avait un prédateur. A cette époque je travaillais sur d’autres nouvelles, pas reliées à celles de Dead Girls et j’ai lu dans le journal que quelqu’un s’était caché dans le garage de gens riches et quand ils sont rentrés et que la porte s’est fermée, cette personne sortit une arme et les as volé. Le même événement s’est reproduit deux fois, la police a lancé un avis de recherche avec une large récompense pour toute information. En gros l’article soulignait que quand une douzaine de femmes disparaissent il n’y a pas de récompense et à coté de ça on vole ces gens riches et il y en a une presque immédiatement. Et ça m’a mis en tête cette question : est-ce qu’il y a des gens dans la société qui sont jetables ? Qu’ils vivent ou meurent on s’en fout. Et s’ils vivent, qui s’y intéresse ? Et le livre a commencé comme ça.
Avez-vous une passion pour le morbide ? Cette ambiance sur l’ensemble des nouvelles, est-ce venu avec les articles ou est-ce ajouté ?
(Rires) Je pense que j’ai une fascination pour le noir, l’obscurité, c’est ce dont je suis le plus curieuse : ce qui fait que les gens arrivent à ces choses horribles, quelle est la part d’obscurité dans chacun des personnages, quelle est la peine et la souffrance d’être « en vie » ? Dans ma propre vie évidement je suis quelqu’un de plutôt heureuse (rires), ce qui est intéressant c’est que dans les livres que je lis ou dans les films que je regarde il y a effectivement toujours cette part d’obscurité que j’aime bien.
Et pourquoi des femmes ? Etait-ce possible, en retirant la base du fait divers, d’imaginer la même chose avec des hommes comme personnages principaux ?
Je crois qu’avec le lien du fait divers, il n’y avait pas d’autres possibilités. C’est aussi ce que je recherchais : pourquoi les cibles principales des tueurs en séries sont des femmes ? Il doit y avoir une raison principale qui vient de la vulnérabilité dans la société, même si certaines personnes clament l’égalité des sexes etc…
Mais je pense aussi qu’il y a un jugement plus dur envers les femmes, bien sûr il y a aussi des jeunes hommes qui se prostituent ou qui sont toxicomanes, mais il y a une sorte de jugement plus dur sur les femmes qui finissent dans ce style de vie. Et si elles se font tuer la pensée majoritaire sera « c’est ce qu’elles méritaient ». C’est ce que le livre essaye d’explorer : ce que ça implique d’être une femme dans la société, toujours être une sorte de proie pour les prédateurs.
Il y a d’un coté les filles qu’on imagine, enterrés dans les jardins et présentes par l’affaire relayée dans chaque histoire, mais les autres filles, personnages principaux des histoires, ont un train de vie assez bizarre : elles ne sont coupables de rien et pourtant il y a une relation entre les deux « niveaux », sur terre et sous terre. Comme si des sentences étaient déjà tombées…
Oui absolument, les personnages principaux sont tous engagés dans une dynamique différente : lutte du pouvoir, pouvoir sexuelle, lutter avec une addiction. Là où celles déjà enterrées ont perdu, c’est si simple de voir quelque chose aux infos et de se dire que cela n’arrive qu’aux autres. Ce que je voulais montrer dans ces nouvelles c’est que nous sommes tous impliqués dans ce genre d’histoire, nous pouvons tous être concernés. Les trois enfants dans Saint-Valentin, le garçon qui vend sa copine à un autre, ce n’est pas différend que d’être prostitué et d’être victime de la même manière. Donc c’est dans une sorte de métaphore que j’ai utilisé ces personnages dans le livre.
Pouvez- vous répondre aux blagues parsemés dans les nouvelles ?
(rires) Oh ! je savais toutes les chutes mais je ne suis plus très sûre maintenant…« How many men does it take to wallpaper a room ? » : Twenty, if you slice them thin enough… « How many Indians does it take to change a light bulb ? » : (je reçus la chute plus tard via email) : Three. One to hold the light bulb, two to drink until the room spins… « What does a Surrey girl in the morning? »: She kicks open the van doors and goes home… (elle voit mon air perplexe…) Auriez-vous une zone dans Paris où tout le monde dit que les filles de cette zone sont « slutty » (oui, je pense que je peux trouver plusieurs endroits comme ça…), et bien c’est un peu Surrey à Vancouver !
J’ai lu les nouvelles en français cet été mais la semaine dernière j’ai repris la lecture intégrale en anglais pour noter les différences de ton et de style. Il y a cette phrase dans Rollie et Adèle : « He thinks backwards and forwards, like a man who has found an envelope of money on the street, understanding his life before this moment, understanding it after, but unable to believe the
good fortune of this moment exactly. He tells himself there are many unlikely roads to happiness. » Le Canada a-t-il tant de mal à trouver ces courts moments qui peuvent mener vers le bonheur ? Je n’ai pu m’empêcher de mettre cette phrase pessimiste avec trois expériences récentes que j’ai eu avec le pays : Xavier Dolan a tourné ses deux films au Québec et ils sont remplies d’inexpressif, presque nihilistes, avec des jeunes (comme dans les nouvelles Valentine et Sisters), Eleanor Catton a récemment publié un très bon livre (La répétition) au sujet d’un fait divers controversé et relié à l’ambigüité d’une relation sexuelle entre une élève et un professeur, et pour finir j’ai vu cette exposition à la Maison Rouge sur la ville de Winipeg (province du Manitoba), une ville si morbide, vide et sans réelle joie de vivre. Entre les spectres de Detroit et Baltimore. Est-ce que le Canada inspire vraiment cette image de pays glacé au train de vie gelé ou la noirceur des histoires est-elle ajoutée ?
Je dirais que le Vancouver de mon livre est le coté le plus noir de la ville. Il est réel, mais la partie vraiment sombre de la ville, ceux qui viendront en voyage en touriste, ils ne verront probablement pas ce Vancouver là. Ni la ville que je décris ni les personnages, mais c’est une partie de l’expérience canadienne, car le pays est si énorme, si on regarde une carte du Canada on voit que les grandes villes sont à la pointe sud du pays et qu’il y a un gigantesque vide. Des milliers de kilomètres entre chaque grande ville, les gens vivent dans le pays mais il y a une énorme isolation. Elle est telle que quand tu vis à Vancouver, la grosse ville la plus proche est Calgary, dans la province voisine et ces gens n’ont rien à voir entre eux et nous n’avons rien à voir avec eux. Certaines personnes vivent dans une ville, les autres dans des campagnes proches, quand ils viennent ils ne se sentent pas chaleureusement accueillis.
Et puis nous avons une vue différente de l’immigration, en comparaison avec l’Europe. Nous n’avons pas ce que les américains appellent le « melting pot », nous ne pensons pas de cette manière. Tu viens et tu apportes ta culture, j’apporte la mienne, nous pratiquons tout un tas de religions, nous portons nos propres vêtements. Et de cette manière là il n’y a pas vraiment une « identité canadienne » et d’un coté cela fait penser à certaines personnes qui sont esseulées. Si tu viens à Vancouver cela ne paraîtra pas comme Detroit ou Baltimore, mais il y a des endroits dans Vancouver qui sont vraiment choquants pour les gens, particulièrement le centre ville coté est, là où Sisters se déroule. C’est un peu la capitale de l’intraveineuse de toute l’Amérique du nord ! Il y a un niveau élevé de toxicomanes et une approche très libérale avec les centres pour se shooter sous contrôle. Il y a une grande tolérance dans la manière de traiter l’addiction : c’est un problème médical pas criminel. Ce qui se passe c’est qu’il y a beaucoup de junkies dans les rues, en train de se shooter, faire des malaises etc. Pour ceux qui viennent d’autres pays c’est assez choquant.
Paradoxalement il n’y a pas tant de place pour la thématique de la drogue, sauf dans Sisters et Young Love, mais brièvement. Pourtant c’est une thématique qui colle à la ville, à l’ambiance…
Je voulais que ça soit soft, je ne voulais pas que cela soit un livre sur la drogue, il fallait que ça en fasse partie cependant car cela influence sur l’identité de Vancouver. Je n’ai été à Winipeg que pour un week-end donc je ne sais pas trop à quel point cela peut être noir, mais avec Guy Maddin comme témoin de la ville cela donne déjà une idée. D’un autre coté le Canada est aussi un pays très jeune, surtout comparé à la France, nous ne sommes pas né d’une révolution, à la manière américaine, donc il y a une sorte de recherche constante de notre identité.
Qu’en est-il de Born Slippy, le prochain livre et premier vrai roman à paraître ?
Nous travaillons avec mon éditeur pour mettre une date de publication sur la fin 2012 ou le printemps 2013. Tout marche tellement en avance de nos jours, il faut tellement prévoir, c’est difficile… Mais il est presque finit ! Quelques réécritures et j’y travaille en ce moment à Vincennes, mais je travaille aussi sur un nouveau roman…
Nous reviendrons donc sur Born Slippy plus tard, ce livre sûr lequel vous travaillez en ce moment, de quoi traitera-t-il ?
Je ne suis pas sûr de comment expliquer ceci : le tueur en série de Dead Girls…
Encore !
Oui !, mais… je voulais écrire un livre au sujet des histoires, la façon de raconter et sur les médias. Donc c’est un roman où le tueur en série… comment expliquer ça, comment expliquer une histoire sur laquelle on travaille encore. C’est comme s’il y avait deux histoires en même temps : l’une est l’enfance du tueur en série, mais il n’est pas le seul personnage, il est juste un garçon dans une petite ville d’Amérique. L’histoire principale est qu’il a été extradé aux Etats-Unis pour être exécuté et ces garçons, qui étaient ses amis et qui ont maintenant grandis, viennent le voir en prison avant qu’il soit exécuté, dans l’espoir de le convaincre de révéler où sont les restes des cadavres enterrés car il n’y a jamais eu une totale visibilité sur cette affaire. Et l’autre histoire parle de ce journaliste viré de son journal, en disgrâce à cause de ses écrits sur l’affaire…
L’idée, c’est qu’est-ce que nous essayons de dire en écrivain des histoires, les obligations éthiques et morales en tant qu’écrivain. Y a-t-il une ligne à ne pas franchir, quelle est le coût ? C’est encore assez abstrait je ne sais même pas si cela veut dire quelque chose… mais c’est vraiment différend de Dead Girls, Born Slippy l’est aussi d’ailleurs. Je pense plus à un hommage, cela va paraitre totalement ridicule, mais c’est une sorte d’hommage à Stephen King. Quand j’étais jeune, Stephen King était l’auteur avec qui j’ai grandi et il y avait quelque chose dans son ton narratif que j’ai toujours admiré…
J’en ai probablement trop dit cela va ruiner le bouquin !

Transition transatlantique…
Durant ces quatre mois tout un tas de conversations moins ciblées sur les écrits de Nancy se sont immiscées. De nos avis respectifs sur le Just Kids de Patti Smith qu’elle venait de finir, aux éloges communes que nous avions sur Loving Franck de Nancy Horan, avec qui un débat aurait du avoir lieu, en passant par les séries (« I’m truly perplexed by the French appetite for How I Met Your Mother… » me confie-t-elle, à juste titre d’ailleurs), l’exemple d’un écrivain passé au monde du petit écran (son ami Chris Offutt), des adaptations au cinéma (le sublime texte de The Help (La Couleur des sentiments) mollement mal adapté) et certains jeunes auteurs canadien comme Eleanor Catton et son livre The Rehearsal qui a fait beaucoup de bruit au Canada et qui venait de sortir en France.
A travers deux autres auteurs nous sommes arrivés sur le délicat sujet des traductions. Alors que nous parlions de l’édition 2010 du Festival America, où j’avais pu discuter avec Dan Fante, Nancy Lee me lance : Dan fante est génial ! Tu as lu son père ? Oui, je venais de finir Ask The Dust, mais difficile d’accorder nos violons au sujet du fils quand son dernier livre, 86d est traduit en France par Limousines blanches et blondes platines. Dont acte, le débat est encore plus complexe avec David Vann, l’auteur récemment acclamé pour Sukkwan Island et Désolations : au-delà de la traduction du deuxième (titre original Caribou Island, ça n’avait pas eu l’air de gêner le premier) c’est surtout la surprise d’apprendre que Sukkwan Island n’est en fait qu’un extrait d’une série de nouvelles publiées sous le titre Legend of a suicide. L’édition française se permettrait donc de trancher le choix des textes pour ses lecteurs ? Après tout, tant mieux pour David Vann, j’ai finalement acheté ses deux livres en anglais pour éviter que Gallmeister ne choisisse pour moi.
Bref, tout un tas de sujets divers pour repousser la légende du narcissique auteur dont l’égo peut difficilement se pencher vers les autres. Et justement, ce sont ces petites conversations qui mènent aux grands sujets sur lesquels je peux débattre des heures avec n’importe quel anglophone, alors je lance les hostilités : « que penses-tu des traductions d’auteurs français dans le monde anglophone ?«
C’est très dur, d’ailleurs ce n’est pas spécialement limité aux auteurs français, mais les nord-américains sont très mauvais au niveau de la publication et des traductions de livres d’autres pays, et ce qui est assez honteux, c’est que quand nous sommes venus au festival America l’année dernière, il y avait ces tentes avec des auteurs traduits en français, c’était gigantesque, alors que d’un autre coté John et moi parlions des auteurs Français traduits chez nous… Donc : Nothomb, Houellbecq, et tout de suite les classiques, Proust, Céline… et c’est tout ! Quelques français-canadiens… et c’est tout !
Millepages doit nous faire une liste à ce sujet, des classiques français à lire… si on peut les trouver ! C’est d’ailleurs plus facile de trouver des auteurs français traduits en Angleterre qu’au Canada. C’est vraiment un échec de la part des éditeurs nord-américains. A chaque fois que l’on était avec un éditeur, comme Francis* par exemple et qu’il nous disait « oh as-tu lu tel ou tel auteur », je lui dis « heuu.. est-ce anglais ? » et il me répond « non… » en comprenant que il n’y a pas d’autres solutions...
Mais penses-tu que les gens veulent en lire… ?
Je pense que les gens liront en général ce qui est « bon », même si c’est une vaste notion, les éditeurs s’en servent comme excuse en disant « oh vous savez, les gens ne sont pas demandeur des auteurs internationaux » mais si tu traduits des auteurs internationaux et que le livre est disponible, les gens seront intéressés. Comment veux-tu qu’ils soient intéressés s’ils ne savent même pas qu’ils existent ?! Mais un des gros problèmes des maisons d’édition en Amérique du nord, ce n’est pas uniquement les auteurs étrangers, mais aussi car il y a une mauvaise perspective.. ils ont une mauvaise idée de qui sont les lecteurs et ce qu’ils veulent. alors les maisons d’édition veulent établir les règles : livres populaires, genre hollywoodien, facilement accessible. Les lecteurs ne veulent pas « travailler » en lisant. Ils ont ces sortes d’idées bizarres de ce que les lecteurs veulent.. Et personnes n’achète ! Je pense que nos éditeurs pourraient apprendre beaucoup des éditeurs ici. Ils te disent que ce qui est important ici c’est de publier les « bons » livres, et on verra ce qui se passe. Je ne sais pas comment changer ça… mais regarde sous cet angle : il y a déjà peu de livres du Québec, traduits pour l’anglais du Canada..
Alors pousser jusqu’à l’Europe..
Arghh ils ne veulent pas ça ! C’est pire ! Au moins je repartirais avec une bonne liste.. et puis John a lu « A la recherche du temps perdu »…
En fait la question principale c’est (au delà de la langue) de savoir si les gens veulent lire une histoire issue d’une expérience étrangère…
Je pense qu’ils le veulent. La majorité des livres canadiens ne se situent pas au Canada, les gens veulent savoir comment ça se passe ailleurs. Il y a une perspective que tu ne peux avoir que d’écrivains étrangers. Comme exemple j’ai La Pianiste d’Elfriede Jelinek.
C’est un livre qui n’aurait jamais été lu par les nord-américains, le cynisme au sujet des gens, le point de vue omniscient, comme si l’auteur détestait tous ses personnages mais quand même sur un pied d’égalité que ça les rend presque sympathiques, c’est un livre supposé traiter de l’amour entre une prof et un étudiant, c’est tellement brute et méchant, et noir, il y a comme une absence d’amour et c’est pourtant maitrisé et personne ne pourrait, n’a pu et ne peu le lire en Amérique du nord. Et quand tu perds des livres à cause de la traduction tu perds tout un aspect de la littérature..
Qu’allons-nous faire ? Tu veux qu’on ouvre une maison d’édition pour y remédier (rires)?
Ah si seulement… et pendant ce temps là le temps nous manquait, John ne m’a d’ailleurs toujours pas dit s’il a lu Une saison ardente, de Richard Ford…

Premier entretien : café Marigny (Vincennes) le 23 Septembre 2011 – 2ème partie
Quand as-tu commencé à écrire, avec quelle idée principale en tête ?
C’est une question très intéressante car elle n’est pas facile à répondre ! Quand j’étais enfant j’ai toujours écris. J’aimais les livres, lire, je ne pensais pas du tout à être écrivain, mais pourtant j’écrivais. Et puis j’ai fais l’université, ça ne semblait pas une option de carrière possible, je m’occupais des relations publiques dans le domaine du théâtre et lors d’un voyage à Los Angeles avec mon partenaire professionnel nous sommes allez voir un médium, pour le fun. Ce médium a lu mes paumes et a dit « tu es en train de faire de mauvaises choses avec ta vie et tant que tu ne feras pas la bonne chose tu ne seras pas heureuse ». J’étais là genre « mais qu’est-ce qu’elle peut bien en savoir ?! »(rires), j’étais assez énervé contre elle en fait mais avec mon collègue on en a reparlé un peu plus tard dans la soirée et je me suis dis « mais je ne suis pas en train de faire de mauvaises choses, de prendre le mauvais chemin » et mon collègue a dit « et bien, si tu pouvais faire n’importe quoi, là, que ferais-tu ? » et je n’arrivais pas à trouver, tu sais je n’avais jamais vraiment eu un rêve comme l’envie d’être danseuse étoile ou quelque chose comme ça. Mais l’unique chose à laquelle je pouvais penser, si par exemple je gagnais à la loterie et que je n’avais plus jamais à travailler. Ce à quoi j’aurais passé mes jours, l’unique chose à laquelle je pourrais penser, c’est essayer d’écrire un livre.
Et d’un coup, à y penser, à l’entreprendre, c’était déjà trop tard, j’avais réveillé ce rêve. Une fois que c’était dit, que l’idée à émergé comme ça, sans prévenir, c’est devenu une obsession et j’ai commencé à écrire de mon coté, après le boulot. Alors j’ai débuté via des nouvelles, car elles sont courtes et plus maniables. Mon premier et unique but quand j’ai commencé à écrire c’était d’être capable de finir une nouvelle, du début à la fin, pour voir que j’en étais capable. Donc j’en ai écrit une, puis j’ai eu une idée pour en écrire une autre, je me suis entrainée, j’ai commencé à étudier l’écriture en elle même (fiction writing en Amérique du nord). J’ai assisté à quelques cours et après quelques années j’ai été à l’UBC. J’ai découvert que je n’aimais pas juste écrire, mais que quand je rencontrais d’autres écrivain il y avait de quoi partager, j’aimais ça et eux aussi, il y avait beaucoup à dire et nous étions d’accord sur beaucoup de points. Comme des amis, mais sans l’aspect en tant que tel.
A l’UBC notamment ?
Oui avec des étudiants principalement. 99% de mes amis sont des écrivains, j’appel les autres les « civils » (rires).
Tu fais aussi de la radio (régulièrement) et tu donnes des cours. Comment trouves-tu du temps, même s’il n’y a rien de « nouveau » depuis 2002, comment gérer ce temps en plus du social, est-ce que cela a joué sur le décalage entre la parution de Dead Girls et la parution prochaine de Born Slippy ? Ou ce décalage est du à Born Slippy car tu n’étais pas satisfaites du travail accompli ?
C’est une réalité (mais aussi pour beaucoup d’auteurs canadiens) de faire autre chose que d’écrire pour vivre. J’ai travaillé à CBC radio pendant un moment, c’était vraiment bien, mais j’ai réalisé que cela pouvait vraiment être quelque chose à temps plein et prendre trop d’importance et de temps dans ma vie. Professeur est mon métier principal,
mon gagne pain, et cela me plait vraiment, j’adore travailler avec des jeunes auteurs, cela me permet aussi d’éviter de devenir trop cynique et frustrer avec l’industrie éditoriale d’aujourd’hui. Si je peux rester connecté avec mes étudiants et le fait qu’ils veulent juste découvrir comment écrire j’aime vraiment ça. Le fait que Born Slippy a pris autant de temps c’est que je devais lutter avec mes propres démons, dans le sens où je passais justement des nouvelles à un roman. J’aimerai bien me cacher derrière l’excuse « oh oui j’étais trop occupé », mais même si j’avais eu tout le temps du monde ça aurait une lutte aussi longue. Et c’est passé par tellement de grandes… ce n’est pas le bon mot mais de grandes « rénovations », beaucoup de changements, de restructurations. Surtout car l’idée initiale était ambitieuse, peut être que je n’étais pas assez mature en tant qu’écrivain pour travailler sur un texte qui prends autant de temps.
Maintenant que tu as travaillé sur des nouvelles et sur un roman, qu’est-ce que tu as trouvé comme différences ? Pas spécifiquement dans le sujet, mais dans la manière d’écrire. Ce que j’aime vraiment dans les nouvelles Associated Press et Dead Girls par exemple, c’est l’utilisation du « tu » par le narrateur : se juger, se parler à la deuxième personne. Utiliser ce genre de style brut n’est pas facile à manier tout au long d’un roman, c’est plus adapté aux nouvelles.
C’est tellement dur à dire, quand je travaillais sur Dead Girls, ma meilleure amie qui est aussi écrivain bossait sur un roman, nous étions chez le même éditeur. Et nous étions au téléphone je lui ai dit « tu as tellement de chance, car tu écris sur un seul groupe de personnages, moi je bosse sur huit histoires avec plus de trente personnages en tout, c’est dur ! » Elle a dit « je ne pense pas… » car oui en fait ce n’est pas juste la forme. Tu peux décider d’écrire une nouvelle particulièrement ambitieuse et cela peut prendre des années pour la faire marcher. Je pense que j’étais chanceuse dans Dead Girls car pour chaque histoire je suis vraiment intéressée par la structure, et les voix, pour moi le ton et le point de vue sont comme la musique. Et tant que je ne peux pas entendre cette musique, comprendre comment cette histoire doit être racontée, je bosse et je bosse, et je pense que j’ai eu cette même lutte avec Born Slippy, trouver cette musique. J’aimerai dire que les nouvelles sont plus simples mais je pense que ce serait un mensonge.
Tu as déjà fait une expérience de résidence, à Vancouver en 2010, dans la maison de l’écrivain Joy Kogawa, comment était-ce ?
C’était vraiment bien, Joy Kogawa a écrit un livre très important : Obasan. Un roman sur son enfance et son expérience en tant qu’internée pendant la seconde guerre mondiale. Donc au Canada et aux Etats-Unis, les citoyens canadiens qui étaient japonais, ils ont été chassé de leurs maisons, ces dernières confisquées par le gouvernement, et ils ont été fait prisonnier des camps. Et c’est une partie assez inconnue de l’histoire de Vancouver que peu de gens connaissent. Le fait qu’un comité a été capable de racheter sa maison était un grand événement. Ils ont choisi de la garder en tant que maison pour les écrivains, donc en plus de travailler sur mon livre cela m’a permis de faire des interventions sur les changements sociaux. Je pense que le rôle d’un écrivain, pour moi, est d’écrire de la fiction dans une manière qui peut influencer la façon dont les gens voient le monde, et d’adresser autre chose que mes propres obsessions. Il doit y avoir une part de commentaire social, et donc c’était bien de faire venir d’autres écrivains que j’interviewais, mais nous avons parlé de comment leur travail pouvait changer les choses… c’était vraiment superbe j’ai adoré.
Et donc de Vancouver à Vincennes, il n’y a qu’un pas ?
Et bien oui, quand ils m’ont proposé de venir a Vincennes, écrire en plus pour le journal de la ville, ce qui était bizarre pour moi car je n’ai pas l’habitude d’écrire pour un magazine car comme toi (cf. une conversation précédente) je suis assez sceptique sur les médias en général. Et ils m’ont proposés d’avoir un cours ici et peut être à Montreuil avec des adultes donc cela m’intéressait beaucoup. Je vais aussi visiter des écoles, ce que j’aime beaucoup. Donc comme j’étais déjà venu pour le festival America, j’avais eu un aperçu et j’avais vu à quel point l’enthousiasme des gens pour les livres était grand. Et je suis sûre que pour Paris c’est la même chose…
(je coupe) C’est différent…
Oh ? Vraiment ?
Vincennes est une ville différente, je n’y habite pas mais je connais la ville, son esprit : c’est à proximité de Paris, mais sans les malus et bien loin des « villes-dortoirs » ; et ce n’est même pas une banlieue proche géographiquement qui tente l’autarcie. Par exemple je reviens de Vienne là et démographiquement, ce n’est pas très éloigné de Bruxelles ou Berlin : on voit des capitales, mais à petite échelle (même si c’est paradoxale pour Berlin). La foule de Paris à toute heure, sa démographie bancale conjuguée à certains quartiers vétustes une fois sorti des sentiers touristiques, en comparaison à une petite agitation comme Vincennes…
Oui effectivement on le ressent quand on va à Paris… et qu’on revient à Vincennes.
C’est une nécessité n’est-ce pas ?
Oh, c’est un tel soulagement de revenir.. Et je pense que c’est aussi ce qu’il me faut pour écrire, ce calme… je suis assez chanceuse.

Interlude Vincennois
Pendant ces quatre mois Nancy, son mari et leur chienne Jaine virevoltent donc entre Vincennes et la capitale, avec quelques escapades en domaine littéraire, à la médiathèque ou à la librairie Millepages et quelques aventures provinciales pour ne pas repartir sans quelques images plus rurales de nos contrés, le tout parfaitement illustré dans un blog paradoxalement rempli de photos, quand la philosophie du couple y est explicite : « Life’s too short to spend writing a blog, especially while living in Paris. » Mais dans leur sphère privée, ils sont avant tout venus pour écrire. « Une nouvelle destination, c’est un cadeau (…) Nous nous sommes échappés». De quoi ? Probablement de cette industrie américaine qui veut clamer haut et fort « le livre est mort » rapporte-t-elle dans le Vincennes Info. Pourquoi la France ? Surement car nous annonçons la mort du livre, à défaut d’une fatalité nord-américaine dictée par une économie littéraire en chute libre. La bataille ne fait que commencer.
Quand elle confie sur un ton perplexe, « quatre mois, ça reste encore assez court » c’est aussi pour contrebalancer de bons moments, « invité par des étudiants pour diner », s’adapter à une nouvelle langue, de nouvelles coutumes, se plonger dans le Paris frénétique, la ville qui fourmille : « Il était facile de repérer les touristes dans la foule, non pas à cause des appareils photo ou des plans de Paris, mais parce qu’on lisait sur leur visage, comme sur le mien, j’en suis sûre, la triste conscience que jamais rien de tel ne pourrait se produire chez eux ».
« Est-ce trop dire que Vincennes est un refuge culturel ? » non, surement pas, l’utilisation de refuge n’est probablement pas un hasard, « Pardonnez-moi, je suis un écrivain de fiction, j’ai tendance à l’hyperbole ». Que de modestie…
Après de nombreuses activités dispersées sur cette fin d’année, de rencontres scolaires en rencontres littéraires (a Millepages avec Véronique Ovaldé notamment et dans un débat avec son mari, autour du sujet « être écrivain aujourd’hui au canada« ), nous nous retrouvons pour l’inauguration de son portrait à la Médiathèque de Vincennes : portrait réalisé par Francesco Gattoni dans un cadre accroché non loin d’autres écrivains qui ont eux aussi laissés une empreinte sur la ville : Wendy Guerra, Russel Banks, James Cañon ou encore James Noël l’année dernière.
Bonne ambiance et discussions variées, il est temps de se poser pour l’heure du bilan.

Deuxième entretien, Médiathèque de Vincennes, 22 Décembre 2011
S’échapper de sa ville pour écrire dans une autre, cela-a-t-il changé tes perspectives ?
Je ne pense pas que le fait d’arriver dans une nouvelle ville donne tout de suite de quoi écrire, pour moi c’était plus le fait de m’échapper de Vancouver, mais avant tout de m’échapper d’un état d’esprit. Quand tu as vécu au même endroit pendant longtemps, ton avis est obscurci par la façon dans cet endroit même voit le monde, c’est ça que je cherchais, j’étais vide, j’avais besoin de me nourrir de nouveau. Et en venant ici, car c’est un nouvel endroit, j’ai pu voir comment la vie est différente, la concentration en général sur les arts et la culture est totalement différente. J’ai été tous les jours prise par le sentiment qu’il y avait des choses à ressentir, comme une énergie créatrice, donc j’étais revigoré, j’avais une envie d’aller plus loin et plus profond dans mon travail.
Une des choses que les français ne comprennent pas (rires) c’est à quel point il y a une réelle appréciation de la beauté chez vous, comparé à l’Amérique du nord. Là bas l’état d’esprit est très « pratique » au sujet des arts : est-ce bon marché ? Accessible ? Populaire ? Hype ? Et pour moi ce que j’ai ici, que je n’aurai jamais pu avoir chez moi, c’est une façon de voir plus loin que juste la recherche de la beauté en général. Se dire que les choses ont un plus grand but que juste ce qu’elles sont. Regarde quelque chose de simple comme le fromage : tu vas dans un supermarché en Amérique du nord et tu achètes une espèce de bloc de fromage orange. Point barre. Ici chaque fromage a une provenance précise, une histoire etc, bien que cela semble ridicule de se concentrer juste sur le fromage, (rires), mais c’est pareil pour tout ici. Chez moi j’étais devenu cynique, au sujet de la vie, des arts..
Tu es venu en tant qu’auteur en résidence, avec tous les avantages que cela implique, mais si tu étais venu ici en tant que touriste tu penses qu’il y aurait eu cette approche des arts ?
Je pense qu’étant ici en tant qu’écrivain a joué pour beaucoup dans les gens que j’ai rencontré, quand on est touriste c’est différend… quand j’ai enseigné en Angleterre pendant six mois je n’ai rencontré personne, quelques connaissances mais pas comme ici. Là j’ai pu discuter avec les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires, cela m’a ouvert les yeux sur le fait qu’il y a vraiment plus d’une façon de voir l’écriture dans la société que juste la manière nord-américaine. La littérature là-bas n’est pas du tout une priorité. Mais dans l’impact de mon écriture, plusieurs choses ont eu un impact et notamment les cours que j’ai donné à Vincennes avec un super groupe, qui dès le premier jour a bien voulu prendre des risques, devenir un peu vulnérable pour sortir ce qui venait dès le premier jet. Tu l’as vu tout à l’heure nous parlions avec Dominique* des différences entre les étudiants que j’ai à Vancouver et ici : je leur dis d’arrêter d’écrire uniquement sur un sujet de surface et de pousser plus profond : comment on ressent les choses, les personnages, etc. Ici les étudiants vont tête baissée, ils sont honnêtes et francs, et toutes ces petites différences viennent aussi de la culture.
Quelle était la tranche d’âge ?
Le plus jeune avait 25 ans et le plus âgé pas loin des 60. Ils sont venus avec beaucoup d’expérience de vie. Regarde, prenons un exemple : si mes étudiants doivent écrire une scène d’amour à Vancouver, 90% de ce que je lis sera une sorte de version Hollywoodienne de deux personnes qui tombent amoureuses. Alors qu’ici ils sont honnêtes, ils prennent le positif comme le négatif, ils cherchent dans toutes les directions. Ils cherchent une réelle interaction.
Ils travaillent plus profondément sur le sujet et sur les possibilités alternatives, ils ne cherchent pas juste à lier A et B ?
Oui exactement, à Vancouver ils se concentrent sur le personnage : « ceci lui arrive, ceci arrive », on enchaîne. Alors qu’ici ils vont plus explorer les sentiments du personnage, ce qu’il pense, sa perception du monde.
Le but ce n’est pas d’arriver à la fin mais quelle direction prend le personnage, quitte à couper et jeter certaines choses après ?
Oui !
Dans Dead Girls il y avait beaucoup de jeunes dans les nouvelles, après quatre mois ici quelle est ta perception des jeunes de notre société ?
C’est dur à expliquer car pour moi c’est comme si j’étais encore à l’extérieur. La première chose que j’ai remarquée sur les femmes en France : il y a beaauuuccocup plus de femmes aux cheveux courts (rires) ! Je pense qu’il y a une sorte d’étrange compulsion inconsciente en Amérique du nord : le modèle est au niveau des stars hollywoodiennes, c’est du domaine du stéréotype, alors qu’ici elles semblent plus individuelles, la manière dont elles s’habillent, etc. Elles expriment leur personnalité au lieu de se caler sur l’idéal d’une autre. Les filles étudiantes avec qui j’ai travaillé au niveau lycée, c’est aussi compliqué à expliquer car il y avait de toute manière cette distance élèves/professeur, mais en gros elles n’ont pas peur de s’exprimer, la différence avec Vancouver c’est que là bas les garçons sont plus avenant, ils n’ont pas peur de lire leur travail et cela peut bloquer les filles. Ici, les filles s’en foutent et sont ok pour se lancer, e qui est très bien d’ailleurs !
Lors du premier entretien nous revenions sur la définition du « melting pot » en Amérique du nord et la façon dont ce n’est pas perçu de la même manière au Canada, ici c’est une question très présente… l’as-tu ressenti ?
La manière dont cela s’implique dans la culture c’est différend du Canada oui, au niveau de l’attitude notamment. Cette idée que les gens immigrés deviennent français, cela ne m’a pas gêné, mais là où j’ai plus du m’adapter c’est cette idée totalement française de la laïcité démocratique. Une des manières dont je l’ai vu c’est dans les lycées, les enfants ne doivent pas porter de signes religieux, ce que je comprends tout à fait en tant qu’idéologie, mais cela reste étrange car quand je vais revenir à la maison, je vais me retrouver avec des étudiants qui portent des turbans, un crucifix etc.. bref l’idée que l’on porte ce que l’on veut. Je ne sais pas si c’est un meilleur ou un moins bon moyen, mais c’était étrange. Au Canada on encourage les gens à avoir une sorte de liberté, alors qu’ici cela semble être une attitude de « ne pas gêner les autres ».
D’ailleurs tu as été élevé de cette manière là en premier lieu au Royaume-Uni, avec les uniformes, mais il y une différence entre montrer et tenter de convaincre, de convertir ?
Au Canada il n’y a pas d’uniformes, sauf en école privés. Mais il y a aussi des codes, on ne vient pas en bikini évidement, mais si tu as une espèce de vêtement traditionnel c’est autorisé. Mais ce que j’ai vu ici, il n’y a pas de critique à en faire, c’est intéressant, cette manière de laisser dehors ce genre d’attitude. Vous voulez garder un espace où tout cela ne s’introduit pas. L’autre chose que j’ai remarqué lors de mes cours, c’est que c’est assez dur pour les élèves de comprendre l’idée qu’ils pouvaient écrire exactement ce qu’ils veulent, du mal à assimiler l’idée de « pas de règles ». Les meilleurs étaient ceux qui luttaient le plus avec cette idée et qui écrivaient ce qui leur passait par la tête. Cela a pris du temps pour eux de comprendre qu’ils pouvaient être créatifs en écrivant librement.
Car certaines personnes ont besoin d’une structure ?
Oui, et certains avaient juste peur de faire « mal », mais il n’y avait pas de bon ou de mauvais. Cela me rappelle à quel point les gens, quand ils commencent à écrire, se mettent trop de pression, ils veulent être parfaits et cela bloque la façon d’écrire. Mais après ils se sont habitués (rires), quand ils ont vu que personne n’allait venir leur dire « ça c’est complètement faux! », ça allait mieux. C’était sympa !
Tu avais déjà fait une expérience résidence on en a parlé la première fois. Mais c’était dans une maison d’auteur et dans ton pays. Alors qu’ici tu étais un peu plus « libre » dans le sens où il y avait moins d’attente, tu as ressentis ce sentiment ?
Oui je me suis sentis plus libre, plus ouverte, entre autre avec tout ce qu’on a fait (les visites, les rencontres), il y a quelque chose en plus quand tu passes ton temps avec les arts, la beauté de chaque chose que tu fais dans ta journée, tu veux créer plus. Alors on travaillait à la bibliothèque, à notre appartement. C’est dur à expliquer à quel point
chaque jour je me disais que je suis chanceuse d’être là et de faire ce que je fais. Je m’en suis encore plus rendu compte ici. A Vancouver je me disais « oh mon dieu qu’est-ce que je fais dans cette industrie du livre », je voyais cela d’un point de vue pratique, alors qu’ici la liberté et l’ouverture sont la base. Alors que je travaillais sur les réécritures de Born Slippy, ou le matériel pour le nouveau, je me suis retrouvé comme dans les premiers mois où j’écrivais : je n’avais rien connu de mieux donc j’écrivais, car je le voulais, il y avait de la compulsion, de l’urgence.
Comme une renaissance ?
Oui, exactement !
Lors de notre premier entretient tu m’as parlé de ce médium qui te promettait monts et merveilles si tu changeais de chemin dans ta vie… imaginais-tu que cela pourrait être aussi exhaustif ?
Non quand j’ai commencé à écrire de chez moi je n’ai jamais pensé que cela pourrait m’apporter des opportunités comme celle que je vis en ce moment à Vincennes. Je pense que pour mon mari et moi ça été un changement de vie : ce que nous allons retirer de cette expérience et ce que nous vivons ici nous voulons le vivre au Canada, nous voulons apporter un peu de France et de ce train de vie chez nous, à Vancouver. Emmener ce changement sur ce que nous faisons, ce sur quoi nous nous sommes concentrés. Tu sais en comparant le mode de vie américain, surtout après avoir été ici, c’est aussi ce qui a fait que nous nous sommes tant attaché à ces choses : sortir de ce consumérisme, ce matérialisme etc. Je ne pense pas que nous soyons des gros consommateurs et à un diner récemment nous discutions de la grande différence entre la culture américaine et la française : à une table de repas les américains parlent d’argent, quasiment que de ça : comment en gagner, comment la dépenser, comment en avoir plus, alors qu’ici on n’en parle pas. En France, vous parlez de comment passer votre temps… et cela montre une grosse différence sur ce qui importe ou non. Et quatre mois ici pour mon mari et moi c’est ce qu’on n’a pas arrêté de faire : à quoi allons nous passer nos journées ? De qu’elle manière ?
Une façon de souligner à quel point la question de l’argent ne doit pas être prépondérante de ce que nous allons faire de notre temps ?
Oui exactement ! La question ce n’est pas « combien je vais dépenser aujourd’hui » c’est « à quoi vais-je passer mon temps? » Car c’est la ressource la plus précieuse qu’on ai. Et c’est cette nouvelle notion que l’on veut rapporter à notre train de vie nord-américain. Ne plus être coincé dans cette machinerie de consommation et de la peur ! Et c’est aussi autre chose que j’ai remarqué chez vous : vous ne semblez pas être une population qui a peur, qui s’inquiète. Par exemple nous jetions un œil au site de la BBC l’autre jour, la crise européenne en grande pompe ! Et quand on sort dans la rue ici, il n’y a pas une seule personne qui en parle. Alors que de retour chez nous au Canada, les gens subissent presque un lavage de cerveau pour les conditionner à se poser constamment des questions sur l’économie, ou justement sur des faits divers et sordides. Alors qu’ici les gens sont très ouvert au plaisir, même si quelque chose ne va pas, on peut s’assoir et prendre un repas avec un verre de vin pour se détendre un peu. Et tout cela influe sur mon travail.
De quelle manière ?
Ce qui est intéressant c’est que plus je me sens contente, plus je suis ouverte, et plus mon travail devient noir (rires)! L’écriture c’est moins de risques que la vrai vie, je peux pousser plus loin, ça serait presque terrible si plus je me sentais heureuse plus mon travail serait coloré ! Je peux être plus honnête et les personnages aussi.
Et avec plusieurs années entre Dead Girls et Born Slippy, venir ici (être plus libre, travailler à la médiathèque…) donne de nouvelles perspectives en terme de rythme d’écriture ?
Oui c’est sûr. Bon déjà à la base j’écris plus lentement que la norme, mais ici je me suis sentie, notamment à la bibliothèque, plus productive et notamment avec la structure des horaires. Deux heures d’ouverture puis une coupure et ça ma fasciné de voir à quel point je pouvais être sous pression de cette limite de temps. Mais aussi l’environnement tout simplement, j’étais vraiment concentré et je n’avais pas la même lutte interne que d’habitude. Là j’étais dans une écriture beaucoup plus exploratrice, particulièrement le nouveau contenu pour le troisième livre, je m’éloigne de l’agonie.
Avec John il vous arrive de travailler à la médiathèque, à Vancouver ?
Non ! Jamais, nous travaillons à la maison. Mais aussi le fait de ne pas avoir à enseigner à plein temps ici, je n’avais pas la même dose de travail. Pour moi écrire c’est 90% de « penser », réfléchir, la réponse sur la page c’est la production de ce qui se passe dans ma tête et ici la réflexion est plus productive, comme si ma matière grise avait gagné de l’espace.
Mais peut être pas jusqu’à avoir une histoire qui se déroule en France ?
Je ne sais pas encore, je n’en sais peut être pas encore assez. Mais nous voulons revenir…

Merci aux éditions Buchet/Chastel pour m’avoir mis, cet été, en relation avec Nancy. Merci à Francesco Gatonni pour l’utilisation de certains de ses (magnifiques) portraits de Nancy Lee. Bien sûr un grand merci à Nancy et John pour leur temps. Les passages non traduits le sont volontairement, faîtes un effort.
* Francis Geffard est le fondateur de la librairie Millepages, des collections Terre indienne et Terres d’Amérique chez Albin Michel, il est aussi à l’initiative du festival America.
* Dominique Chevalier est une interprète qui participe notamment à tous les événements littéraires de Vincennes (festival America, rencontres et débats…).










a produit seule Have A One On Me). L’efficacité restant la même quand quelques titres de son premier opus se font une place dans la setlist (Inflammatory Writ et Peach, Plum, Pear). Paisiblement assagie par le calme d’Autumn, quasiment esseulée à la harpe, la magnifique salle du Trianon est de nouveau secouée par la rythmique de Soft As Chalk, menée par l’ange blond, encore une fois au piano. Quand Joanna Newsom quitte le folk pour de la pop baroque c’est l’accord entrainant de Good Intentions Paving Company qui prends le dessus, en parfaite harmonie avec la batterie de Neal Morgan. Peu pressée de partir, elle conclura ces presque deux heures de concert par deux gâteries oubliées : Joanna charme jusqu’au bout de la nuit sur l’éternel Baby Birch, elle reviendra, seule cette fois, nous bercer avec Bridges and Baloons.
menée par Liela Moss et soudée depuis leurs études communes en arts a pointé le bout de son nez en 2003 avec le très vivifiant Cuts Across The Land. Huit ans sépareront leur deuxième album, Neptune, du troisième et dernier (Bruisier), sorti cette année. Une leçon pour ces chers autres groupes hype qui pourraient largement éliminer un album de leur discographie depuis dix ans (Strokes, Kills, Black Keys et j’en passe). Après le départ de Dan Higgins à la fin de l’enregistrement (anarchique) de l’excellent Neptune et une longue tournée, le groupe n’a pourtant pas souffert des différents éléments extérieurs qui pourraient alterner le son d’un album, notamment dans sa production. Au final les trois opus sont dans le même esprit, presque indissociables. Et cela se ressent d’autant plus sur la scène du Nouveau Casino où dès l’ouverture l’atomique Cut Across The Land (de l’album éponyme) lance les hostilités. Mais c’est bien le dernier album qui impose la cadence et continue la déferlante de puissance (Cherry Tree, Procession), allant même jusqu’à donner au groupe certains airs de Nine Inch Nails. Paradoxalement, même dans un registre plus calme la formation sait y faire. Sur Vilain au piano, un ange passe et même s’il serait osé de parler de calme, le groupe en profite pour descendre le rythme (Dont Wait et Nortbound).
Rathaus, je ne peux me retenir de penser à la percutante force réaliste que fût le premier film de l’anglais Steve McQueen, sorti en 2008. Ce tag brut et sobre, inscrit dans la pierre, gravé dans l’esprit comme une onde de choc me le fait ressurgir, Hunger. Ce chef d’œuvre cinématographique (qui m’évoque au loin le Sult de l’écrivain Knut Hamsun) était alors l’occasion de se rappeler jusqu’où pouvait aller la relation entre un réalisateur et son acteur, et surtout de découvrir un nouveau duo capable de le maîtriser à la perfection. J’ai toujours aimé ne pas donner d’informations sur Steve McQueen aux gens à qui je parle de Hunger depuis deux ans, pour voir leur étonnement quand ils se mettent en tête le stéréotype d’un bel aryen perdu dans les années 60, et qu’ils voient débarquer nounours McQueen et son mètre quatre vingt dix, sa stature à la Shaquille O’Neal et son mood dominant, apaisé. L’anglais de quarante deux ans déçu par ses études d’arts et de cinéma réalise plusieurs projets restés confidentiels à la fin des années 90, voir inexistants dans le paysage français mais reconnus dans le monde anglophone. Œuvres vidéos en 35 mm, 16mm et Super 8 ; où il joue parfois (Bear,1993) dans un style art et essai muet (Deadpan, 1997 hommage au Steamboat Bill Jr. de Buster Keaton) et souvent projeté sur des murs. Dans un ton minimaliste, Drumroll (1998) le mène à Manhattan, puis il se retrouve en 1999 dans la shortlist du prix Turner aux cotés de Tracey Emin et le remportera, avant d’être décoré par la couronne il y a quelques mois pour ses travaux artistiques. Penché aussi du coté de la sculpture et de la photographie, il est envoyé en Irak en 2006 comme reporter de guerre par l’Imperial War Museum. Même si l’expérience n’est pas concluante d’un point de vue cinématographique, il en ramène Queen and Country, une commémoration via des photos des soldats anglais, les clichées étant utilisés comme support pour des timbres en circulations dans le pays. En 2007 Gravesend dénonce la production du coltan, l’or gris qui mutile le Congo. En plus de sa forte activité outre-manche et sa présence en Europe il arrive à se faire une place régulière à Paris et New York dans les galeries Marian Goodman.
A force de tâtonner et friand de se laisser aller librement il se sent l’envie de bifurquer vers le long métrage. Il fera cependant un crochet retour vers la vidéo de galerie en 2009 en représentant l’Angleterre à la biennale de Venise avec Giardini, œuvre sur la vie nuptiale des célèbres jardins de la ville italienne. Son implosion se fait à Cannes en 2008 (Caméra d’Or) avec Hunger et Michael Fassbender qui, on va vite le comprendre, va devenir pour lui une nécessité. Le lieutenant Archie Hicox que l’on croisera plus tard dans Inglorious Basterds de Tarantino est avec McQueen l’icône Bobby Sands, révolutionnaire irlandais à l’origine de la révolte de la prison Maze en 1981. Fassbender transcende le rôle allant jusqu’à réaliser la même grève de la faim de 66 jours (dont Sands mourra) et subir les mêmes pertes peut être pas psychiques mais au moins physiques. Quand à ceux qui vous demandent s’il y a un lien de parenté entre Fassbender et Fassbinder, ils se font rares. En 2006 l’acteur germano-irlandais campe sur les planches le rôle de Michael Collins, militaire actif au sein de l’IRA dans les années 1920 (mort à 22 ans), dans une pièce mettant en scène une conversation entre ce dernier et Winston Churchill. On y voit maintenant un prémisse de Bobby Sands et une légende comme quoi la mère de Fassbender serait une descendante de Collins. Qu’importe l’acteur marque les esprits crescendo (il incarnera le psychanalyste Carl Jung dans le prochain Cronenberg qui sort à la fin du mois de Décembre) et trouve dans Hunger une première collaboration avec un espace dans lequel Steve McQueen le laisse pleinement s’exprimer. Cette année le duo revient donc avec Shame. Les détracteurs pointeront encore du doigt une trame simple qui rabâche une idée jusqu’à nous l’enfoncer au plus loin ? Oui pour comprendre l’histoire
il suffit de lire le synopsis et oublier toute la complexité d’un récit comme Le Grand Sommeil ou une démonstration de rebondissements Scorsésien avec Les Infiltrés. Quelle importance quand on sait que le spectateur ressort marqué et pilonné par une image (un mouvement de résistance la première fois, une obsession la deuxième), si c’est ça le cinéma percutant d’aujourd’hui, alors qu’on l’enseigne ! Et de là à mêler l’utile à l’agréable, il n’y a qu’un pas, car comme il n’existait presque pas de documentations vidéos concernants les conditions des cellules à Maze, il n’y a pas encore eu de films traitants d’une telle façon le sujet de l’addiction sexuelle. Quand Hunger mettait en avant le corps comme arme (l’anorexie, les phalanges ensanglantées d’un gardien), Shame devient le film du corps comme défoulement (et pas seulement en couple, ou plus, mais aussi en solo).
collègue dragueur, sûr de lui et qui n’essuie que rarement un non de la gente féminine, qui traîne des giga-octets de contenus pornographiques sur son disque dur au bureau. La double identité, l’insuffisance mêlée à l’impulsion. Car si Shame semble plus ouvert aux moments de sérénité, que Hunger, ce n’est qu’une illusion. Un leurre qui, dissolu dans une réalité sombre, rappel que le plaisir est presque absent du film malgré les apparences. Le scénario suit son bonhomme de chemin, retravaillé avec Abi Morgan (The Iron Lady qui sortira en février prochain, la série The Hour diffusée cet été sur la BBC), il offre notamment le personnage charnière de Marianne (Nicole Beharie). Les rencontres sont physiques, le mental qui apparait dans la scène du restaurant est vite une partie perdue. Charmante collègue qui recherche l’engagement et la confiance quand Brandon le charmeur devient un peu maladroit et peut être trop direct, lui qui semblait être attiré pour autre chose qu’un traditionnel coup d’un soir.
ne semble pas si mal vivre) entre parties de Guitar Hero et baignades en piscines. Lui est perdu entre le classique clash opposant deux acteurs dont les personnages sont complices à l’écran (et pour les photographes) mais ne pouvant plus se piffrer en vrai, des sms d’insultes anonymes, le moulage de sa tête pour les besoins d’effets spéciaux et ses multiples connaissances féminines dont les regards en disent longs sur leurs (d)ébats nocturnes, chacune étant une possible substitution à la mère (temporairement ?) éloignée de Cleo. Certaines vues par la charmante jeune fille comme l’hypothétique implication difficile de la femme d’une nuit dans la vie d’un enfant. En fait il ne faut pas aller chercher loin, le spectateur est lui aussi très passif dans cette histoire, il faut se laisser entrainer par le spleen des deux acteurs dont l’alchimie fonctionne bien, l’insouciance de la jeune fille se répercutant dans celle du certain genre de célébrité qu’est son père.
perdu entre Bryan Ferry et Police, mais finalement le rabattage médiatique qui veut transposer le film au grand public utilise les mêmes artifices à chaque fois et cela en devient lassant. Une des alternatives aurait été de rythmer scénaristiquement les scènes entre les musiques, utiliser ce LA décadent qui n’est pas assez exploité, Johnny Marco étant plus dans une phase de spleen passive (et presque autarcique) que décadent. Le décor ne vit pas, il est le gras du bide, le mou de cette ambiance. Il y a (volontairement) des lacunes dans les rares informations qui sont données au spectateur, comme dans Virgin Suicide ou Lost In Translation il n’y a pas vraiment de notion d’époque, cela pourrait se dérouler n’importe quand et cette absence de repères dans lequel le duo d’acteurs virevolte peine à totalement convaincre. Au final le film n’est certainement pas désagréable, mais du rapport parent-enfant il en sort que Soffia Copola nous mène dans une tétralogie qui pourrait penser à se finir pour laisser place à autre chose (et c’est dire si elle peut voir large). Ou alors veut-elle s’ancrer dans une aventure autobiographique qui en dirait long sur la suite de son œuvre ? A voir.
copieusement arrosées). C’est l’histoire d’un destin précoce qui n’en a pas finit de grossir. C’est une querelle de gros sous autour d’un code, d’un algorithme et d’une idée. Pour le reste, le doute prendra le dessus. Il a permit de mettre tout le monde en relation en partant d’une base très 
parfait exemple d’échanges rapides, rythmés par une musique quasiment réglée au même niveau. Le spectateur est à proximité, il est vraiment dans la salle, une manière de nous mettre dans le coup. Entre soirées aux codes vestimentaires BCBG et nuits aux lignes de codes infinies il faudra choisir. Et comment ne pas souligner des dizaines de fois la collaboration sonore de David Fincher avec la patte de Trent Reznor (et hop, un Golden Globe) associé à Atticus Ross qui avait déjà travaillé sur l’opus de Nine Inch Nails 
soit dans les bruitages ou la musique, accompagné de Gaspard Augé. Dans ce théâtre de l’absurde, c’est une scène vierge de grands noms au casting qui s’offre à l’univers de Dupieux. Roxane Mesquida (Kaboom récemment, Sex is Comedy anciennement) est la Juliette de notre Roméo (ou Robert ou Rubber, peu importe) assassin. Mais la française, comme presque tous les acteurs du film, n’a pas un rôle mirobolant. Les personnages sont (par le peu de profondeur qu’il leur est accordé) diverses lignes narratives pour nous guider au pneu. On préféra s’attarder sur l’illustre shérif-metteur en scène-charlatan du No reason joué par Stephen Spinella (habitué des micros rôles de séries, un vague souvenir dans Harvey Milk) et son acolyte serviteur (interprété par Jack Plotnick) qui vient en vélo réveiller le public chaque matin pour la suite de la projection. Car oui le pneu vit, ressent et est doué de pensées. La force de faire évoluer un personnage anthropomorphe, caoutchouteux et de ne pas trop gêner le spectateur. Truffé de messages, quoique certains trop appuyés, le cinéma de Quentin Dupieux c’est aussi une autre image du cinéma français (même si tourné aux USA avec une majorité d’acteurs américains). C’est surtout de voir une mentalité dite française sortir des sentiers d’un cinéma pseudo socialo-réaliste avec des travaux comme Non-film, Steak ou maintenant
Rubber. Au-delà de l’aspect loufoque qui effrayera les moins curieux, aller voir le film est au moins une aubaine pour prouver que le sujet (donc le pneu et son histoire, sa mentalité, ses émotions) n’est pas pris à la légère. A défaut d’adhérer au concept d’une nouvelle approche de la série B, il est clair que les trucages mécaniques avec une légère dose de retouches numériques ne sont pas pour déplaire et évitent le piège du tout numérique. Au final des péripéties gores de notre assassin c’est une sensation mitigée qui ressort. Ça n’offense pas, c’est moqueur et ça a le mérite de se démarquer de ses inspirations. De là à adhérer, cela risque d’être toujours un peu compliqué pour le grand public en général. En fait, tourner une histoire au No reason comme il l’a fait cela s’est déjà vu par le passé (et parfois d’une bien pire manière) mais ici on accroche car l’exercice n’est qu’effleuré (1h25) et que l’inexistence de pressions et d’effets en tout genre mis sur les plans rendent la ballade désertique agréable. Sans en redemander, le film dose bien ses ingrédients qui en font tantôt une absurdité, tantôt un néo-roman noir simplet. Rubber pourra être apprécié de ceux qui ne sont pas venu voir des réponses, de ceux qu’il ne faut pas tenir par la main et surtout de ceux qui ne prennent pas le cinéma pour un divertissement, mais pour un exercice.
imaginaires sur les écrans français. Deux films, deux aventures qui traitent d’une certaine jeunesse avec tous les ingrédients habituels cuisinés par de beaux (et parfois énervants) acteurs dont le flegme résonne entre doctrine épicurienne et eudémoniste. Mais c’est avant tout une recette bien maîtrisée par les deux réalisateurs qui donne deux films plutôt bons, mais sans grosses surprises.
peut se trouver ailleurs et que le relais est déjà passé, rappelons que déjà, Godard n’est finalement pas venu à Cannes, mais que par contre se trouvait, à quelques grains de sables de là Gregg Araki qui se voyait remettre la première Queer Palm de l’histoire pour Kaboom. Alors quitte à laisser de coté les soixante-huitard qui sont de toute façon lassés de ce genre de films, autant mettre dans le même panier deux réalisateurs qui savent, avec peu d’erreurs, manipuler un certain regard sur la récente jeunesse, comme leurs ainés de la nouvelle vague, mais avec deux différences majeures : l’époque et le nihilisme politique.
Alors je me suis dis qu’effectivement le film pourrait être une sorte de Charlotte et Véronique sur le papier, ou un Jules et Jim dans l’idée. Mais là où beaucoup de spectateurs coincent, c’est dans le fait que Xavier Dolan soit, au naturel, ce beau prince poseur qui énerve, celui qui trempe tranquillement dans le bain cinématographique alors qu’il flirte depuis peu avec la majorité. Tombé dedans quand il était petit (son père est acteur), sa filmographie en tant que tel commence en 1994 dans des publicités québécoises. Mais Dolan n’a pour l’instant pas de réel semblable, il est quelqu’un d’autre, qui joue, qui produit, qui monte et qui supervise les costumes (important dans cette aventure rétro sixties aux allures d’aristocraties étudiantes), quelqu’un qui incarne une autre époque à un autre endroit, une autre génération avec sa propre vision et surtout un cinéma beaucoup plus miroir social qu’engagement politique. C’est peut être ce qui fâche, ce poseur. Xavier Dolan nous fait partager ici une scène quotidienne de sa vie québécoise, son mode de vie est ainsi. Au fur et à mesure des interviews et de ses rôles ont sent ce fix d’égo indéniable, mais cela devrait lui apporter plus une prise au sérieux réaliste qu’un avatar poseur. Ce n’est pas un hasard s’il s’est tatoué « L’œuvre est une sueur » (Cocteau, cité aussi dans le film), car même en nous abreuvant de clins d’œil et de citations (Audrey Hepburn adulée par le personnage de Nicolas, références à Koltès, Mirron, la scène chamallows pour Mysterious Skin de Gregg Araki et hommage lattant à Wong Kar-wai) il arrive à équilibrer nostalgie et contemporain. Vous l’aurez compris, l’univers du Québécois est parsemé de références et d’inspirations, mais aussi d’une ambiance conviviale due à la chaleur de ses scènes et au casting, son va-tout. Xavier Dolan confirme son talent d’acteur sans pousser alors
qu’indéniablement, Monia Chokri est percutante par ses mimiques théâtrales slowmotionées à la perfection. Pendant ce temps Neils Schendeir (n’)impose (que) par son attitude et son élégance sortis d’une scène volée à la chapelle Sixtine (ce qui est déjà pas mal, mais un peu récurent après son rôle d’amant joué dans J’ai tué ma mère). On apprécie la brève apparition d’Anne Dorval, la mère que l’on connaissait incompatible avec l’ado joué par Xavier Dolan dans son premier film et qui se transforme en parfaite complice du fils vagabond dans le rôle de la mère de Nicolas cette fois-ci. Au delà de ces scènes de passions un peu clichées qui peuvent irrité (dommage que vous ne puissiez pas suivre mon regard), les plus ennuyés trouveront un large réconfort dans cette langue cousine qui nous faisait déjà sourire dans le dramatique sujet de J’ai tué ma mère et qui nous divertira ici de très bonnes scènes sûr les problèmes sentimentaux tournées sous forme d’interview dans des bars (réalisation « amateur » déjà vu dans son premier film mais aussi chez Araki), avec des phrases tels que « Et puis il y a eu Noël avec tous les cousins et leurs ostie de blondes épaisses » ou encore « A un moment j’ai pesé send. Pas le temps de laisser mûrir les bananes, à un moment ça va faire ».
qui lancera plus tard, à Rex le précoce venant de jouir, LA réplique (« Tu rigoles ? J’ai eu des frottis vaginaux qui ont duré plus longtemps, t’a quoi, 14 ans ? ») en passant par sa meilleure amie Stella (Haley Bennet, excellente) lesbienne, insolente et franche, elle aussi forte en répliques claquantes et son colocataire Thor (Chris Zylka, le stéréotype parfait du surfeur façon Brice Dujardin) sur qui il fantasme. Tout ce petit monde va se plonger dans un délire psychotique mêlant scènes insensées et science-fiction apocalyptique. Mais Araki avait prévenu « j’ai fait ce film pour les fans de mon cinéma » et on le croit volontiers, si ce n’est que cette pop satyrique est moins sombre que la trilogie des 90’s car ses intonations romantiques, idéalistes et angoissantes sont plus calfeutrées. Le rythme et les dialogues sont provocateurs et crus, ici pas de chichi, mais ce franc-parler tend finalement plus vers la comédie que l’absurdité. Avec cette voix narrative qui constate les divers événements, ces plans actifs face à la caméra, ces « fuck » à longueur d’interrogation, pas de doute nous sommes dans l’univers Araki. Mais dans Kaboom la touche science fiction, déja amorcée avec Mysterious skin, Doom génération et Nowhere, est de retour pour nous dévoiler une ambiance light Lynch qu’on le soupçonnait capable de réaliser depuis un moment. Esthétiquement le plus abouti, il est aussi vers la fin le film le plus décalé tant les événements se précipitent en complot sectaire indéchiffrable.
vielle maîtresse (pour n’en citer que quelques un) elle est en ce moment aussi dans le très étrange Rubber de Quentin Dupieux. Kaboom est un film kaléidoscopique, toujours en mouvement grâce entre autres à sa bande originale adéquate : Explosion in the Sky, Ladytron, Interpol et Placebo, mais aussi The Horrors et Yeah Yeah Yeahs, inutile de vous faire un dessin. Il faut laisser à Araki le choix de nous montrer ce qu’il affectionne et ne pas allez voir le film sans être un minimum averti de son genre de cinéma (très personnel), se laisser guider et profiter, il n’y a en tout cas rien de désagréable, rassurez-vous. Il y a vingt ans Gregg Araki était en avance, aujourd’hui il est simplement à l’heure, et c’est encore suffisant.
nous est contée et dans laquelle on se perd, perturbé par le flou entre (légère) autobiographie, fiction et fiction dans la fiction. Membre de l’Académie française, il est aussi un grand spécialiste de musique baroque (sujet d’une bonne partie de sa bibliographie) et jouera avec les références du lecteur dans plusieurs domaines : Shakespeare, Courbet, Molière ou encore Millet et j’en oublie… Chaque regards posé sur les habitants qui l’entourent se transforme en une toile de maître, chaque dialogues autour du vendeur ambulant s’assimile un rôle, une aventure, un historique. Il nous perdra entre Versailles et le mont Ventoux, une gorgée de vin blanc et le voilà qui débite sur Pétrarque et (donc) Laure. Où en est-il ? Où va-t-il ? Le lecteur en arrive à se demander lui même, où en étais-je ? Ah oui, l’ambiance qui va se créer avec l’arrivé de la belle américaine, domptée par un être urbanisé jusqu’au cou et perdu dans ce monde rurale, ce qui introduira des scènes évoquant plus les sourires de Tamara Drewe que l’ambiance de Loin de la foule déchaînée.
dopant ou décevant, au moins assez important pour que la plupart des intéressés passent leur été à en débattre et fantasment jusqu’à la rentrée sur le début de la suivante. Alors que Fox en a fini avec 24 heures chrono et ABC avec Lost, les vacanciers accros à la télékinésie de Sylar ou aux « Yatta ! » scandés par Hiro Nakamura ont dû accepter la même finalité que pour les deux événements télévisés précédemment cités ; sur le fond certes (c’est fini) mais pas sur la forme : Angela Bromstad (présidente des divertissements prime time de la chaîne) annonçait cet été que ce qui aurait dû être la commande du chapitre final pour la rentrée n’aurait pas lieu. Mais alors que Lost et 24 heures chrono ont pu boucler leurs histoires (comprenez par là que les créateurs et les spectateurs n’ont pas été pris au dépourvu), Heroes en est encore loin. Beaucoup espéraient une bouée de sauvetage lancée par Tim Kring, le créateur de la série, mais il est aujourd’hui confirmé que ce qu’il pensait être un (télé)film de conclusion (en bonne et due forme) ne naîtrait pas, en tout cas pas sur NBC. La série, qui avait un fort potentiel à ses débuts, restera sur cette amertume laissée par les derniers volumes alors que Tim Kring avait sûrement un projet à beaucoup plus long terme qui aurait peut être pu redresser la courbe.
ses diverses références aux comics et son approche de l’actualité (menace sur New York et campagne présidentielle dans la première saison, propagation d’un virus dans la deuxième), les premiers épisodes avaient de quoi toucher diverses catégories de téléspectateurs et des bases pour fonder une intrigue intéressante à long terme. A double effets finalement, Heroes reçu par exemple (à l ’ « époque ») la plus haute note accordée à une série dramatique sur NBC depuis cinq ans alors que les Emmy Awards ont toujours boudé la série.
personnages concernant leur(s) pouvoir(s) : pourquoi les ont-ils obtenus, comment s’en débarrasser ou les contrôler et qui ou quoi en est à l’origine ? Malgré tout, et pour contrebalancer ce coté original, de longs dialogues parfois redondants (et peu utiles pour le scénario) viennent s’ajouter à quelques mises en scènes semi-moralistes, semi-pleurnichardes tout au long de la série. Cependant elle est très humaine et social, pour le genre. On parle souvent « d’humains évolués » concernant les personnages, s’approchants au mieux des X-men car ils n’ont pas de double identité, mais encore une fois, sans les costumes. Il est évident que cette facette donnait un avantage à la série pour le grand public voulant éviter une touche Stan Lee, tout en gardant de larges clins d’œil (et ils sont nombreux ! ) pour les puristes.
manque de temps accordé aux confrontations (mais cela permet aussi de ne pas lasser le grand public). Pourtant avec un peu de recul on peut en noter plusieurs : confrontations de mots (Nathan et Linderman, le personnage de Matt en général) mais aussi de pouvoirs (la tant attendue réelle rencontre de Peter et Sylar dans l’appartement de Suresh après s’être brièvement aperçu quelques épisodes plus tôt) et surtout la scène finale de la saison dans « How to stop an exploding man ? » (tout un programme pour rien) regroupant une bonne partie du casting. Alors que la musique sur l’ensemble de la série est aussi appréciable que discrète, les décors ne sont eux finalement que très bien exploités à l’intérieur pour être généralement moins bien peaufinés à l’extérieur.
que son père accentuera dans les futures saisons) et on commencera déjà à voir des choix de casting discutables. Mais le sujet principal, comme le nom du volume l’indique, ce sont les générations qui ont mis au monde ces enfants du XXIème siècle dotés de capacités exceptionnelles. Ils sont avant tout des parents dont les progénitures subissent aujourd’hui les conséquences liés à leurs pouvoirs. Et le fil rouge sera tissé par celui qu’on connaitra d’abord sous le nom de Takezo Kensei, puis d’Adam Monroe. Interprété par un convaincant David Anders (Julian Sark dans la série Alias), c’est le paradoxe du volume, étant lui-même immortel et ayant connu beaucoup de différentes générations (il est âgé d’environ 400 ans). Avec Angela Petrelli, Bob Fischer, Kaito Nakamura et Maury Parkman (les principaux parents visibles) on fera connaissance avec
le « groupe des douze » et la fameuse photo des créateurs de la compagnie qui chassent les gens dotés de capacités exceptionnelles. On apprendra crescendo que les parents étaient clairement plus engagés à leur époque et avec plus de projets (un rejet de Mai 68 dans Heroes ?), comme celui d’Adam qui consiste à propager le virus Shanti tuant 93% de la population mondiale et devenant donc l’intrigue du volume. Nous découvrirons aussi son rôle de meneur, de rassembleur pour un meilleur monde, pour les futures générations. C’est avec ce cerveau, ce visionnaire, et surtout ses visions démentielles qui peuvent être réalisables grâce à son pouvoir, que se relance cet écho de plaidoirie des parents. De la bouche d’Angela Petrelli par exemple, lors de l’interrogatoire musclé (psychiquement) par Matt Parkman « The truth ? The truth is that our generation mortgaged our souls to protect yours. Show a little respect for that ! ». Et puis dans un dernier élan de morale retardataire post-2005 on aperçoit, dans les nouveaux personnages, Monica, qui vit à la Nouvelle-Orléans (si vous n’avez pas lu mon papier sur Blacksad, tant pis pour vous).
commencera par rattraper le retard engendré par la grève des scénaristes et c’est donc le retour de la vingtaine d’épisodes. La première partie du scénario de cette saison, « it’s were it all begins », c’est donc un Peter Petrelli du futur toujours aussi puissant qui tente d’empêcher ce qui doit arriver d’arriver. En modifiant un événement (la fin du volume 2), il introduit «the butterfly effect». Comprenez qu’en tuant Nathan, il entraine une suite d’événements imprévus qui donneront entre autre la possibilité à Sylar (le vilain pas beau de la série, j’y reviens plus tard) de s’introduire dans les cellules du niveau 5. Par un malencontreux accident il va libérer les prisonniers détenus par la compagnie et donc permettre aux vilains de s’enfuir. Pendant ce temps se dessine la seconde trame du volume : Hiro Nakamura profite du bon temps dans le bureau de son défunt paternel (Kaito Nakamura, joué par George Takei et déja apperçu dans la série Star Trek) qui jusqu’à ce que ce dernier, par l’intermédiaire d’une vidéo posthume, lui révèle l’existence d’une moitié de formule qu’il doit défendre à tout prix. L’autre moitié étant revenue dans les mains d’Angela. Le Dr Zimmerman, ce docteur qui travaillait avec les anciens relance encore les vestiges du deuxième volume, « we were arogant, and selfish… and human » mais il est trop tard.
De part sa brève apparition, Zimmerman tend cependant l’occasion à Angela Petrelli d’expliquer l’importance de la formule, ce qu’elle donnera dans le futur qu’a vu Peter : la manipulation de l’ADN qui permet de donner des pouvoirs à n’importe quel être humain. La question étant maintenant de savoir qui veut mettre la main sur la formule ? C’est alors que les précieux rêves (car montrant le futur) de maman Petrelli viendront combler l’un des suspens les plus pesant depuis le début de la série, lors de l’épisode «Angels and Monsters », quand dans une scène aussi terrifiante que fascinante elle retrouve celui que nous ne pouvions apercevoir dans « le groupe des 12 ». La pièce manquante du puzzle : Arthur Petrelli (campé par un Robert Froster en demi-teinte profitant du statut de son personnage dans la série pour s’en sortir à bon compte). Il veut produire la formule, ce qui donnera un monde où les pouvoirs sont banalisés, où les gens deviennent violents et jaloux. On commence donc déjà à sentir un élan de déjà vu, Peter doit ENCORE (c’est la troisième fois) sauver le monde et une majeure partie de l’action (hors Sylar, j’y reviens encore plus loin) tourne sur les Petrelli dont les sauts d’humeur commencent à être ennuyeux. Tim Kring nous a présenté de multiples possibilités de chemins à prendre dans l’intrigue et aucun n’a été vraiment suivi.
C’est d’ailleurs un Petrelli (Nathan) qui lancera le volume 4 (toujours dans la saison 3) Fugitives en révélant au président des Etats-Unis (après que Peter ait sauvé le monde) l’existence de ces gens spéciaux et lui conseillant de les contrôler. Une solution finale qui évoque aussi le futur que Peter essayait d’empêcher. Chargé de l’affaire, Nathan introduira son pantin Danko (joué par Željko Ivanek, vu dans 24 heures chrono). Un homme sans pouvoirs mais avec un historique qui se prête bien aux motivations du job, un remplaçant de Noah Bennet, sauf que ce dernier est toujours là. Plusieurs situations redondantes se font donc déjà ressentir (on verra encore une bombe humaine) alors que plusieurs personnages commencent flirter avec l’ennuie (Claire et Tracy principalement). Le seul intérêt de la saison se fera dans la découverte de Coyotte Sands, lieu qui nous permettra d’en apprendre plus sur la jeunesse des parents, évoquée dans le volume Generations.
intégrant toute une nouvelle communauté (des forains) dotée de pouvoirs, mais sans lâcher des personnages de moins en moins persuasifs (Noah Bennet, Claire, Mohinder et la famille Petrelli, il aura quand même fallu plus de dix épisodes pour réussir à se débarrasser de Nathan après sa vraie mort) et en rabaissant le talent de certains ( comme perdre Sylar et Matt dans un jeu de Mastermind qui n’arrive même pas au niveau du pauvre Inception). A coté de cela les nouveaux personnages ne sont pas si convaincants (Emma, l’ensemble de la troupe foraine) excepté le très bon et charismatique Samuel Sullivan, joué par Robert Knepper (vu dans Prison Break). Mais le faux sosie de Johnny Depp ne suffira pas à sauver la série, plombée par une fin catastrophique probablement imaginée à la hâte en voyant l’ombre d’une non-reconduction approcher.
la révélation évidente de Zachary Quinto, aussi connu sous le doux nom de Sylar. A la base le casting est majoritairement composé de quasi-inconnus, pour ce qui est des principaux personnages. Excepté la mère Petrelli (jouée par Cristine Rose) qui a trouvé là probablement un de ses meilleurs rôles (après, entre autre, des passages éclairs dans Friends ou How I Met Your Mother) et les rôles secondaires voir épisodiques, la plupart des principaux personnages de la première saison n’ont fait que de brèves apparitions dans diverses séries. Parmi eux donc, Zachary Quinto qui débutât au théâtre et en aura surement déjà marqué quelques un sous le nom d’Adam Kaufman dans la saison 3 de 24 heures chrono. Ici c’est donc Gabriel Gray de son vrai nom, mais avec tellement d’alias : Sylar, le croque-mitaine, le patient zéro, le meurtrier, l’assassin, le malade… bref
vous l’aurez compris, le vilain, qui se permet en plus d’être beau. Sauf que quand vous trouvez quelqu’un comme Zachary Quinto pour vous mettre en scène la définition même du néo-psychopathe extra-antipathique doté d’une terrifiante dose de sarcasmes, vous obtenez un excellent méchant. Un futur Danny DeVito ? Un nouveau Heath Ledger ? Trop flatteur ! Le prochain Captain Vidal ? Un rejet d’Hannibal Lecter ? N’en jetez plus ! Il pourrait aussi bien donner une leçon d’acteur à Malcolm McDowell que revisiter le nazisme avec Christoph Waltz. Tous des grands méchants, bien sur, mais voici la relève ! Il aurait par exemple très bien pu prendre la place de Casey Affleck(dont il n’y a cependant rien à redire) dans la récente adaptation du roman noir de Jim Thompson, The Killer Inside Me.
sous le pied, il faut lui donner la place. Paroxysme du schizophrène rongé par l’éloignement qu’il a pu avoir avec ses parents, Gabriel Gray est un horloger qui développe des facultés bien étranges (comprenant aussi bien le mécanisme de notre cerveau que celui d’une montre) et qui vie en ermite fantasmant l’habilité que lui donnera le prochain pouvoir acquis en faisant grincer du crâne. Probablement un des personnages de série les plus sombres de la dernière décennie, il est aussi sordide que classe et aussi futé que sans pitié. Le « patient zéro » de Sandra Suresh sera tout au long de l’histoire un fil rouge requinquant tant son parcours est finalement détaché de la trame centrale et tant le jeu de Zachary Quinto convint à chaque apparition. Tant pis si c’est la seule raison qui peu finalement justifier Heroes, elle est amplement valable. Instable peut être (pour la série et pour le spectateur) mais mérité (pour le futur de l’acteur).
coup de fouet à la série, portant presque seul sur ses épaules l’audace d’un personnage mature. De plus en plus conscient que Sylar est populaire, les scénaristes se focaliseront sur son histoire, nous montrant une bonne partie de ses péripéties passées avec la compagnie (Elle et Bennet) ainsi que, dans le présent, sa rencontre (rendez-vous raté de la première saison) avec Claire pour être définitivement invincible. On se délectera de sa relation forcée avec Bennet, mais on aura quand même du mal à se prendre au jeu des Petrelli (père et mère) : lui faire croire qu’il est leur fils. C’est pour mieux apprécier une des dernières scènes du volume, face à plusieurs personnages dans les locaux de la compagnie, une sorte, encore une fois, de très bon thriller. Dans le volume 4, Fugitives, il aura encore une fois une place importante, voguant entre la recherche de son père (joué par John Glover) et son partenariat avec Danko, alors que dans le dernier volume (Redemption) il sera un peu
écarté car présent dans le corps de Nathan au début du volume et tiraillé par l’esprit de Matt. Mais Sylar vivra comme une consécration la fin de la série en devenant un « héros » car il sauvera Emma. Nous sommes donc loin d’un des futurs alternatifs où, en plus d’être le plus puissant de tous, il régnait en président des Etats-Unis trompant tout le monde entre autres grâce à son pouvoir d’illusion. Mais pour en rassurer certains, il reste cependant le plus puissant dès lors que Peter a perdu ses pouvoirs. Le plus charismatique, le plus puissant, le plus méchant, Sylar collectionnait les superlatifs en tout genre et Zachary Quinto confirma par la suite son talent en se voyant offrir le rôle de Spock dans le dernier Star Trek (dont on rencontre peu de personnes non convaincus par son jeu).
Et j’y viens. Les personnages, leurs histoires et leurs jeux sont les éléments centraux d’une série dramatique qui veut percer sur la durée : Heroes a passé le test et a échoué. Ce n’est pas une série comique où il est très difficile (et risqué) de se séparer d’un personnage principal (supprimer Chandler Bing, Barney Stinson ou Charlie Sheen pourrait soulever, aux Etats-Unis, plus de grogne populaire que la suppression des McDo). Mais ce n’est pas non plus, dans le registre dramatique, un casting où la présence d’un Tony Soprano, d’un Don Draper ou d’un Jack Bauer est très difficilement remplaçable tant le personnage est central et son acteur imposant. Excepté Sylar, Matt Parkman et Angela Petrelli il devient au fur et à mesure de la série difficile de justifier la présence des autres. Il aurait été plus osé de se séparer de Nathan (plus tôt), que de Zimmerman, Claude Rains (personnage dont la faculté d’être invisible fait référence à l’acteur du même nom qui joua dans le film de James Whale en 1933) ou Hana Gitelman. Certes les Heroes sont une communauté et il leur arrive de se croiser sur le chemin de l’intrigue, mais ils n’évoluent pas tous ensemble (au contraire par exemple des Sons of Anarchy ou des Sopranos). Il y a donc plusieurs axes, plusieurs groupes sur lesquels il était possible de travailler. On le verra avec les « novels » (plus loin dans le texte) mais aussi avec la carte de Mohinder fils et les dossiers du père, une pelleté d’autres personnes avec des pouvoirs auraient pu faire leur entrée dans le jeu et porter de nouvelles idéologies, de nouveaux projets au lieu de les laisser traîner sur des personnages changeant d’humeur comme Barney Stinson changerait de « suit ». Bien sur Tim Kring peut aisément
nous dire qu’il avait prévu de tous les utiliser à divers escients, au bout de huit saisons dans un épisode bien précis. Hum, malheureusement c’est trop tard. Peter Petrelli, quand il n’avait plus ses pouvoirs, aurait pu être mis de coté. Nathan aurait pu être définitivement supprimé lors de sa « première » mort. Le subterfuge de Tracy à la place de Nikki aurait pu être évité (on sent bien là la difficulté de supprimer un personnage car l’occasion était trop belle). Mohinder, Ando et Claire auraient dû prendre des vacances pour laisser plus de place aux anciens dont l’histoire fût finalement peu développée (et dont on compte maintenant les morts, Angela Petrelli étant l’unique survivante sur les douze). Comme dans la (génialissime, excellente et indémodable) série Spooks où le casting pivote presque à chaque saison depuis 2002 ou encore avec The Sopranos et Adriana, Big Pussy et Ralphie qui ont été des personnages clés pendant plusieurs saisons, mais qui ont su disparaître. D’ici j’entends déjà les hurlements de certains fans car j’ose avancer l’idée de supprimer certains personnages (d’une série morte). C’est bien le problème « teen » de Heroes. J’étais choqué de voir le corps inanimé de Ralphie Cifaretto, j’ai failli verser ma larme quand Tom Quinn est parti, mais pourtant on s’en
remet, cela fait parti intégrante du renouveau dans une série. Pour finir dans les exemples (mais il y en a d’autres), beaucoup n’auraient pas vu d’inconvénients à se passer de Noah Bennet, même si il y a là un contraste intéressant dans le fait qu’il soit un des rares sans pouvoirs (et sans scrupules !) à être encore vivant à la fin de la série. Paradoxalement son instinct protecteur envers Claire devient redondant au bout de la deuxième saison, trop faux, trop larmoyant. Le Lynette Scavo de la série. Jack Coleman n’est pas à remettre en question, mais son personnage n’a pas évolué dans le scénario.
Avant de repasser à autre chose (pour cet article j’ai interrompu la saison 4 de Mad Men qui vient de se finir, on est en pleine saison 3 de Sons Of Anarchy et Boardwalk Empire passe à la vitesse supérieure, Sheldon Cooper me manque, Kenny Powers aussi) et donc de clore toutes réflexions sur la série, je me permets donc d’évoquer l’intérêt que peuvent apporter les Novels à ceux qui ont regardé Heroes et qui se sont lassés au fil des saisons. Votre serviteur, qui s’était totalement détaché de la série depuis son arrêt, s’est plongé cet été dans ces compléments d’épisodes qui, sans être nécessaires, sont un petit second souffle (ils ne palieront pas à l’arrêt de la série). Les Novels ce sont ces petites bandes dessinés (graphic novel) qui commencèrent à paraitre sur le site de NBC le
mardi après la diffusion de chaque épisode (ils seront ensuite édités en livre). Initiées par Aspen Comics, ces aventures (entre 7 et 8 planches par épisodes) permettent de développer certaines histoires laissées de coté sur le petit écran. Un des avantages de ces novels (il y en a 173) est que si vous les découvrez uniquement maintenant (après avoir vu la série) ce n’est pas grave, ils ne sont pas nécessaire à la compréhension de l’histoire mais juste complémentaires. Clins d’œil, informations, nouveaux héros et nouvelles aventures sont au programme et cela a surtout permis de fouiller certains personnages. Imprégnés du même ton de couleurs et de dessins que les peintures dessinés par Isaac Mendez dans la série, les planches rappels évidement le format dit comics. Et c’est normal car ils sont souvent signés Micah Gunnell, Marcus To et Tom Grummett, mais pas Tim Sale (celui qui dessine à la place d’Isaac). Grace à ces habitués du coup de crayon DC et Marvel, les personnages de la série reprennent donc vie. Hana Gitelman évidement, preuve qu’il était possible de pousser l’intrigue du volume 1 beaucoup plus loin, mais aussi Candice, Claude Rains, Elle Bishop, Molly Walker ou encore l’histoire d’Adam Monroe totalement approfondie ainsi que celles des anciens. J’en passe et des meilleurs, il est temps.